Prairial, l’engagement près de chez soi

C’est un client pas comme un autre, même s’ils sont tous uniques, que cette épicerie bio et vrac la plus ancienne de France installée à Vaulx-en-Velin (69). Elle fête ses 50 ans et j’interviens dans la réalisation de son livre anniversaire. Pour écrire ce livre, je travaille en collaboration avec une autre biographe, Céline Dormoy, également photographe. Nous rencontrons une dizaine de personnes qui égayent l’histoire de Prairial. Je découvre une constellation de clients, de fournisseurs, de salariés, qui se regroupent autour d’un modèle de société. À chaque fois, j’écoute ces personnes me parler de leur métier, de leurs convictions, de leurs habitudes quotidiennes. À chaque fois, je me réjouis d’être au contact d’autant de personnes engagées dans des valeurs qui me sont proches. Un exemple, Louis a créé un café restaurant à Lyon 7e. Il m’explique sa volonté de développer une offre alliant respect des clients, des salariés tout en préparant des plats avec des produits du circuit-court. Chez lui, le coca vient de Savoie, et les légumes du plateau de Rillieux-la-Pape. Et Prairial fait partie de ses fournisseurs pour les produits secs essentiellement. Louis a réfléchi à chaque étape de son projet, vise une cohérence entre ses valeurs et ses actions, sans chercher à être dans l’exemplarité. Et ça marche. Un autre exemple, Christian et Martine, deux paysans-boulangers, de la Ferme de Quinte dans l’Ain. Ils sont désormais au sein d’un GAEC avec leur fils qui les a rejoint dans la danse. Martine a la passion du pain mais constate que la spéculation sur la farine de blé vient choquer sa conception du commerce. Christian devient paysan sur le tard pour maitriser toute la chaine de fabrication en produisant leur propre blé et autres graines. Prairial est un de leurs points de vente. Et ça marche. Ce projet de livre souligne encore une fois, le privilège d’être à l’écoute des personnes, quelles qu’elles soient. À leurs côtés, j’apprends et je m’éveille. #témoignage #livreanniversaire #biographieentreprise

Extrait

En 1960, j’obtins un certificat d’aptitude professionnelle (C.A.P) de dessinateur industriel, et un brevet d’enseignement industriel (B.E.I) d’ajusteur-mécanicien. Je quittai le collège à dix-huit ans, fort de mes diplômes, prêt pour la vie active. J’ambitionnais le métier de dessinateur industriel, la blouse m’attirant plus que le bleu de travail. Je décrochai toutefois, mon premier emploi d’ouvrier spécialisé traceur à la chaudronnerie M, à Valence. Mes velléités de dessinateur se heurtaient à mon manque d’expérience et à un fait indéniable, l’armée ne m’avait pas encore appelé pour le service militaire. Dès mon entrée dans l’entreprise, je négociai avec le directeur pour évoluer comme dessinateur dans un délai d’un an, ce qu’il accepta. Habitant chez mes parents à Portes-lès-Valence, je parcourais le trajet à vélo au quotidien. Mon père me prêtait le sien. Il était doté de pédales japonaises qui avaient le mauvais goût de toucher le sol et de provoquer de belles chutes. Je démarrais le matin à six heures. Dix kilomètres aller-retour, dont une grande partie sur la piste cyclable qui longeait la Nationale 7, quelle que soit la météo. Sans parler des bouchons l’été, au moment des départs en vacances. L’un des salariés de l’entreprise venait au travail également à vélo mais il me doublait systématiquement. Et pour cause, il s’agissait de Guy P., le coureur cycliste semi-professionnel. La vallée du Rhône et son mistral… Sa force me déséquilibrait, me freinait, chaque fois que je devais l’affronter. Une fois, la puissance du vent fut telle que, même en poussant debout sur mes pédales, je ne parvins pas à avancer. Découragé, je m’apprêtais à poser le pied au sol lorsque mon collègue arriva. Il m’invita à me coller dans sa roue et m’ouvrit la voie jusqu’à la chaudronnerie. Aux beaux jours, la route bordée de platanes, le parcours me plaisait, mais la prudence restait de mise à côtoyer les voitures, les camions, l’autoroute n’étant alors qu’un projet. Une autre fois, j’entendis un énorme bruit puis une masse noire frôla mon pneu avant, et finit sa chevauchée dans le fossé. Un poids lourd venait de perdre sa roue. À un cheveu d’ange près, je mourrais. Sur la bâche, j’eus le temps de lire le nom du transporteur basé à Romans-sur-Isère. Je le joignis par téléphone et lui racontai l’anecdote avec force détails. Je finis la conversation en lui précisant le lieu où sa roue l’attendait. Il me remercia en me faisant parvenir cinquante francs. À la chaudronnerie M., je retrouvais mon ami G. et le saluais tous les matins. Il avait été embauché à la soudure des chauffe-eaux. Pour ma part, sous mes yeux défilaient tous les jours, de grandes feuilles de tôle, épaisses de dix millimètres, si lourdes et si encombrantes que les hommes s’adjoignaient la force d’un pont-roulant. Ces tôles servaient à réaliser des cuves pour le stockage du pétrole, des conduites forcées… Plus techniques, les culottes trapézoïdales, celles qui assuraient la continuité entre deux tuyaux de diamètres différents ou pour alimenter des turbines. Je traçais à l’aide d’un cordeau, d’un pointeau, d’un marteau. Je tapais sur le pointeau jusqu’à voir apparaître la forme désirée. « Ta ta ta ta ta, ta ta ta ta ta ». Un nombre incalculable de fois, à une cadence régulière. La chaudronnerie retentissait de cette musique mécanique qui résonne encore entre mes oreilles. À chaque coup de marteau malencontreux, mon doigt subissait. Sur une plaie à peine cicatrisée de la précédente frappe s’ouvrait une nouvelle. J’en conserve encore aujourd’hui, les stigmates sur l’index de ma main gauche. Les tôles étaient ensuite découpées avec une oxycoupeuse à chalumeau puis cintrées. Elles finissaient soudées soit à l’atelier, soit sur le lieu de livraison, en fonction des conditions de transport de la pièce finie. Dès l’année écoulée, le directeur me vit arriver dans son bureau pour évoquer mon évolution. Refusée ! Sous prétexte que l’armée ne m’avait pas encore appelé. Déçu, sans me démonter du haut de mes vingt ans, je signifiai en conséquence que je me mettais en recherche d’un autre emploi. #biographie #témoignage #Drôme #écriture

Extrait

Grâce au Sabril que nous administrons depuis six semaines à J., nous mesurons une nette amélioration. La fréquence des crises s’amenuise, mais les attaques continuent, nous laissant à chaque fois plus démunis. Les tracés des E.E.G., qui se succèdent tous les quinze jours, restent anormaux. Le cerveau de J. souffre systématiquement. Le 22 mars 2007, le docteur D propose un nouveau protocole à base d’hydrocortisone, une hormone proche de la cortisone naturelle. Il se montre optimiste et encourageant. Mais ma peur persiste. A-t-il la même attitude avec tous ses patients ? Que pense-t-il sincèrement quant à l’issue de ce syndrome pour J. ? La cortisone doit absolument agir au bout de quatre jours et stopper les crises. Dans le cas contraire, l’espoir d’une vie normale pour J. se sera encore éloigné. Dès le lendemain matin, je m’applique à mettre six pilules dans la compote, et autant le soir, soit douze comprimés, pour une prescription de cent vingt milligrammes par jour. Ce traitement pèse exceptionnellement lourd pour son petit gabarit d’un peu moins de huit kilogrammes. Son organisme s’efforce d’assimiler une dose supérieure à celle d’un adulte. Les effets secondaires, multiples et conséquents, peuvent aussi apparaître. À compter de ce jour, nous devons surveiller au quotidien sa tension artérielle et son poids. Petit à petit, son corps se retrouve déformé par la rétention d’eau malgré un régime alimentaire très strict et sans sel. Sur les photos, les joues de J. semblent disproportionnées. La cortisone entraîne une fatigue importante. Son comportement est affecté. Elle devient particulièrement excitée, irritable, impatiente et connait pour la première fois des troubles du sommeil. Les deux premiers jours, les crises se succèdent, inexorablement. Nous ne mesurons aucun effet de la cortisone. Nous comptabilisons, chronométrons, notons dans le calendrier tel le personnel soignant le plus attentif et discipliné. À chaque fois, mon regard se perd sur ce relevé, synonyme de répétition, d’inefficacité du traitement. L’avoir sous les yeux me terrifie. Autant de moments de doute et d’espoir. Les crises persistent encore et toujours. J. souffre encore et toujours. Nous anticipons le pire. Notre fille est condamnée. Cela ne s’arrêtera jamais. Autant s’y préparer. Le troisième jour restera à jamais marqué dans ma mémoire. Je suis dans ma chambre, assise sur mon lit, J dans les bras. Une crise surgit. Comme à chaque fois, je prends de plein fouet cette terrible impuissance. Je ne peux rien faire sinon la serrer fort et attendre, attendre que cela cesse. Cette crise est terrifiante et pourtant, incroyablement belle et puissante. Je ressens à cet instant une sincère et profonde acceptation d’un éventuel handicap lourd et certain pour ma fille. Mais je suis en paix. Les trois minutes les plus puissantes et les plus marquantes de ma vie jusqu’à maintenant.Le quatrième jour, un jour comme un autre. La météo ? Je ne sais pas. Tout m’indiffère à part J.. Je suis suspendue à cet espoir fou que le cauchemar puisse s’arrêter. Les gestes du quotidien prennent le pouvoir et égrènent le temps. Heureusement. L’angoisse semble perpétuelle et pourtant, la journée se déroule, sans crise. Le lendemain, nous vivons un peu moins en apnée. Serait-ce envisageable ? Pouvons-nous oser croire ? Espérer ? Non. La terreur règne, installée, dans chaque fait et geste de J., dans chaque respiration. Ressent-elle notre angoisse ? L’enjeu de ces minutes qui défilent et promettent sans le dire, une possibilité de guérison ? Notre petite fille, notre trésor du haut de ses huit mois. Au soir du cinquième jour, J. n’a pas refait de crise. Elle n’en fera plus jamais. #biographie #maladie #témoignage

De l’avantage de se retrouver #Biographicus

Le 2 avril dernier, j’ai pris ma voiture, affronté la neige pour arriver à Saint-Martin-en-Haut dans les Monts du Lyonnais et retrouver des collègues biographes. Au menu un week-end de partage, de réflexion, d’analyse de la pratique. Bref, ce fut vivifiant. Pendant deux jours, nous nous sommes écoutés parler, chacun, de démarches commerciales, d’écriture libératoire, de techniques d’écriture, d’organisation des entretiens, des étapes de la réalisation d’une biographie. Nous avons tous apporté nos expériences, nos doutes, nos questionnements, nos attentes. L’exigence professionnelle était omniprésente sans que jamais quelqu’un ne se prenne au sérieux. J’ai pu donner et recevoir, auprès de personnes ressources que j’aurais plaisir à revoir. Je suis ressortie étayée pour continuer ce métier passion qu’est d’être écrivaine-biographe, enrichie des conseils de mes confrères et consoeurs, et inspirée pour continuer. @Biographicus #Biographicus #biographe #écriture #réseauprofessionnel Bienvenue sur le site de l’association Biographicus !  

Ma cliente, cette héroïne

J’ai rencontré Sandrine à la Maison du répit à Tassin-la-demi-Lune dans le cadre de la journée nationale des aidants. Elle s’est présentée à moi, timide, gênée puis nous avons commencé à échanger sur son projet de livre. En quelques mots elle a évoqué la maladie mentale de sa mère et son parcours médical. J’ai découvert la solitude de l’aidante qu’elle est, depuis son plus jeune âge. Une vie exceptionnelle, pour une biographie d’une personne simple, qui ne fait pas de vague, et dont le courage m’a laissé, souvent, sans voix. Nous nous sommes rencontrées six fois, chaque fois, une rare intensité, au plus près du vécu de la narratrice, au coeur des bouleversements du quotidien, au gré des replongées dans le chaos de sa maman. Sandrine m’a fait confiance sur l’écriture, a corrigé quand il le fallait, a complété avec ses propres mots, son propre style. Une fois le travail terminé, nous avons pris le temps de nous retrouver à une terrasse de café. Nous avons regardé toutes les deux, ce livre enfin achevé, une réalisation exceptionnelle pour ma cliente, grande lectrice, qui voyait son rêve se réaliser sous ses yeux. Le soleil était avec nous. Ce fut un moment d’accomplissement partagé. Je repense souvent à Sandrine, petite fourmi, héroïne du quotidien.

S’engager pour Biographicus

Au mois de novembre 2023, lors du conseil d’administration qui suivait l’assemblée générale, je suis devenue présidente de Biographicus. C’est pour moi une chance, un honneur, une fierté et un travail. Cette nouvelle charge me permet de rencontrer les nouveaux adhérents, (et ils sont nombreux), de rester en contact avec d’autres biographes très régulièrement, ce qui me sort d’un certain isolement. C’est aussi enrichissant comme toute vie associative, avec des questions de gestion, de communication, et de projets et l’association n’en manque pas. Une vie collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice, où les compétences s’aditionnent, et tout cela dans une vraie bonne humeur et une écoute réciproque. J’essaye de rester garante d’un état d’esprit, celui du partage. Et ce n’est pas difficile, tous les membres du bureau sont dans ce souci. Il faut dire aussi que les compétences habituelles des biographes nous permettent de belles collaborations : l’écoute, l’empathie, le respect des différences, le goût de l’écriture, autant de savoirs-être et de savoirs-faire que nous mobilisons dans nos relations dans nos différentes visio. Être présidente me permet d’être en action sur une autre activité que celle de la biographie et j’apprécie de diversifier ainsi mes heures de travail, tout en contribuant à un objectif collectif et partagé. photos de Céline DUMOY

Un chemin éclairé

Je viens d’achever une biographie et comme souvent, je garde en moi une empreinte, celle laissée par ma cliente. Bien sûr, toute rencontre laisse une trace, plus ou moins vive, plus ou moins intéressante. Mais quand on rencontre un client ou une cliente plusieurs fois, qu’il ou elle nous raconte son histoire, c’est au-delà d’un seul échange, d’une seule conversation. Cette personne se livre pour transmettre à ses proches le plus souvent, rarement pour être éditée. En tant que biographe, j’accède à l’intime, à la sphère privée, aux ressorts tout personnels qui ont contribué au chemin d’une vie. Cette cliente, celle à qui je viens de dire au revoir, est particulièrement croyante. Toute sa vie a été habitée par la foi. Sa relation à Dieu constitue pour elle une richesse inégalée. Toutes les étapes, de la scolarité aux accouchements, des week-end à son engagement bénévole, ont été marquées par sa fidélité à la chrétienté. Dans son récit, elle a réaffirmé ses valeurs, malgré les accidents de la vie qui ne l’ont pas épargnée. Jamais elle n’a douté. Elle a souhaité donner à voir à ses petits-enfants le socle sur lequel elle avait grandi et comment elle l’avait renforcé tout au long de son existence. J’ai rencontré quelqu’un qui vit une foi joyeuse, enrichie de partage. Et moi, j’ai été heureuse d’écrire ce récit illuminé par une telle joie. Je garderai d’elle le souvenir d’un sourire rayonnant quand elle m’ouvrait la porte, la bouilloire posée sur la table pour le partage d’une tisane, la machine à coudre à proximité toujours sortie pour tous les travaux qu’elle réalise pour les autres. Je garderai aussi le souvenir du bonheur qu’elle ressent d’être croyante, et le sens que cela a donné à sa vie, la cohérence entre ses valeurs et ses actes, en perpétuel mouvement malgré les années qui passent. Et je trouve cela beau.

Fière je suis !

En tant que biographe, il me paraissait nécessaire de confirmer mon niveau d’écriture, côté orthographe, grammaire, syntaxe. Mes études de Lettres Modernes sont lointaines et il faut s’entrainer pour ne pas perdre son niveau. J’ai choisi de travailler en suivant une formation pour obtenir le Certificat Voltaire haut la main. Et ce fut le cas ! Je suis officiellement dans la catégorie des experts (plus de 900 points) de l’écriture grâce à mon score de 962 sur 1000 points. Un travail de fond pour assoir mes compétences et vous les proposer

Créer une capsule temporelle

Au premier semestre de cette année, la mairie de Vénissieux m’a sollicitée pour participer à la création d’une capsule temporelle. Mais quesako une capsule temporelle ?Il s’agit d’enfouir sous terre, dans les fondations d’un immeuble par exemple, une boite en métal capable de traverser des dizaines d’années, dans laquelle sont rangés des écrits, des dessins, des photos. La ville de Vénissieux profitait de la pose de la première pierre de la Maison des Mémoires pour créer ce projet en apportant une touche de transmission. La création de la boite en métal revenait aux services techniques de la ville, à moi de la remplir de témoignages des Vénissians. Ma mission s’est découpée en plusieurs étapes. Il a d’abord fallu rencontrer des partenaires de la ville pour leur présenter le projet et leur proposer de recevoir des ateliers d’écriture. Très rapidement, ils ont été partants, la démarche étant originale et intéressante à plus d’un titre. Elle permet de créer une démarche collective, de créer du lien entre des habitants, autour d’un travail d’écriture. Dans un second temps, j’ai animé des ateliers d’écriture en présence d’une dizaine de participants, dans des lieux prêtés par les partenaires ou par la ville. Je suis également allée à la rencontre d’habitants en pieds d’immeubles, pour leur présenter la démarche et les inviter à participer. À chaque fois, il s’agissait de créer un texte, dans lequel on témoignait de notre époque, quel que soit l’angle que l’on souhaite adopter : nos loisirs, notre quotidien, notre travail, notre famille, notre vie amoureuse… Comme dans une biographie, les sujets sont multiples et chaque fois révélateurs d’une personne, de sa vie, de son environnement, de ses ressentis, de ses réflexions. Lors d’un atelier, nous sommes partis de l’exemple de Georges Perec pour nous raconter à partir de « Je me souviens… », s’en suivaient les anecdotes ou les souvenirs de chacun. Dans un autre atelier, nous avons listé les objets que nous utilisons dans notre quotidien. Dans un autre, nous avons écrit une lettre à une personne que nous connaissons ou que nous avons connue, comme une bouteille à la mer, sachant que la personne ne la recevrait jamais, mais c’était toujours un moment partagé par la pensée. J’avais préparé des consignes simples, accessibles à tous, parfois j’écrivais à la place d’une personne qui me dictait dans l’oreille ce qu’elle voulait transmettre. Il s’agissait en effet encore une fois de transmission, comme dans la biographie, et d’un cadeau pour un autre, un inconnu. On donnait une part de nous-même, sans rien attendre en retour, juste un moment hors du temps, gratuit, qui mettait en perspective l’existence de chaque participant. De quoi avoir un peu le vertige, philosopher, et écrire, pour le plaisir d’écrire. Avec Anouck Patriarche, ma chère collègue d’Éléphant et Intentions, nous sommes allées à la rencontre d’écoliers, de maternelles, de CE1 et de CE2. Avec eux, nous avons écrit des lettres collectives remplies de pépites et de questions pour les gens du futur, le tout accompagné de dessins donnant à voir notre réalité actuelle à travers les regards des enfants. Une fois ces ateliers terminés, nous avons remis avec émotion le résultat de cette collecte dans les mains de notre commanditaire, conscientes de transmettre un trésor. Enfin, nous avons participé à la cérémonie, en présence des participants, des écoliers, des personnes intéressées par la démarche, par un beau soleil du mois de juin.  Ce jour-là, une émotion particulière, un nouveau moment de partage, une ambiance poétique, et avec nous, par magie, les gens du futur, ceux qui prendront connaissance de ces écrits, des gens qui auront des références, des habitudes différentes, des gens qui recevront ces cadeaux et qui je suis sûre, seront également sensibles à cette démarche, celle d’une transmission hors du temps.

Une récolte mémorielle collective autour d’un espace naturel

Grâce à ma collègue Hélie Bécot, j’ai décroché un contrat avec le Conservatoire des Espaces naturels Rhône-Alpes, pour réaliser une récolte mémorielle autour d’un site naturel, les lônes de la Ferrande et de la Negria. Entre Ain, Isère et Rhône, il s’agit d’un lieu préservé d’une fréquentation excessive, situé entre Balan, Jons et Villette d’Anthon. Le Conservatoire, mandaté par la Région notamment, a pour mission de gérer des espaces naturels en conciliant les activités humaines et la préservation de la biodiversité. Il lui arrive d’intervenir un minimum, d’être en veille ou d’engager des travaux conséquents quand le site le demande. La lône de la Ferrande s’envase depuis quelques décennies. Si l’homme n’intervient pas, cette zone humide pourrait s’assécher jusqu’à disparaitre. Des études sont en cours pour définir le niveau d’intervention nécessaire, et ses éventuelles conséquences positives et négatives. Si la décision est prise, des engins pourraient arriver sur place pour retirer la vase. Mais cela ne manquerait pas d’interroger les habitants et les usagers. N’est-ce pas contradictoire d’utiliser des tracto-pelles quand on parle de préservation ?  Le Conservatoire a décidé d’aller à la rencontre des habitants, des usagers pour échanger avec eux, et collecter leurs pratiques et leur mémoire des lieux. L’objectif est d’aboutir à un livre donnant à voir la diversité des usages, et la ressource que représente ce lieu dans l’esprit des gens.  Et c’est là que j’interviens. J’ai proposé plusieurs possibilités pour aller à la rencontre des habitants : des entretiens individuels à leur domicile, des ateliers d’écriture avec des adultes et des enfants, des animations en extérieur sur place pour capter quelques paroles au vent. Cette mission va s’étirer sur près de 12 mois, ponctuée par des points réguliers avec les différents professionnels du CEN et des échanges avec le photographe missionné en parallèle.  Une autre manière de travailler autour de la transmission de la mémoire, à l’échelle d’un territoire, par une approche collective qui me réjouit.

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